Rafael Llodra, 23 ans est un jeune nakmuay discret. Ce que l’on pourrait prendre pour de la timidité, cacherait plutôt une grande pudeur, doublée d’une profonde humilité. Celui qui revendique avec humour appartenir à la génération Dragon Ball Z, a surmonté ses appréhensions pour se confier à Dragon Bleu.

« J’ai essayé pour la première fois quand j’avais seize ans avec une bande de copains ». C’était au Mahmoudi Gym de Bonneuil sur Marne le club fondé par les frères Mahmoudi, Nordine et Amar dit « Mamar », deux passionnés de Muay Thaï ayants fréquentés les meilleurs camps d’entrainements thaïlandais: Singpatong, Sor Ploenchit, Attapong et le camp des légendaires frères Payakaroon (voir l’article sur la sortie de Mard Payak). « J’ai adoré l’entrainement old school avec Mamar, très dur, très physique, très rigoureux. Il fallait être présent à chaque entrainement pour pouvoir tourner aux paos et boxer. J’ai tout de suite accroché, cette discipline, cette rigueur, je me suis donné à fond. Tous les copains avec qui j’avais démarré ont fini par abandonner. Mon acharnement a fini par payer. »

Sept ans plus tard Raphael affrontera Diogo Calado lors de l’Enfusion Live 33 à Martigny en Suisse ce 7 novembre 2015. Pourtant rien ne le destinait à une carrière de boxeur professionnel.

Raphael Llodra vs. Diogo Calado
Rafael Llodra vs. Diogo Calado

« Ce sont des efforts et de la persévérance, physiquement j’avais quelques prédispositions. J’ai toujours fait du sport depuis tout petit, de la gymnastique et beaucoup d’athlétisme, mais techniquement c’était le néant. Je n’ai pas de don, ou de facilités, il fallait que je travaille plus dur que les autres, je me suis acharné. » Et il continue jours après jours à perfectionner sa technique avec la même envie de bien faire, d’aller jusqu’au bout.

« Je ne suis pas quelqu’un de particulièrement ambitieux, je ne cherchais pas le succès ou la reconnaissance, je le faisais par amour de la boxe, d’absolu, je voulais m’y investir entièrement. Une carrière s’est dessinée sans que j’y pense vraiment.»

Rafael définit cette passion comme le carburant de sa motivation. Sa force, c’est assurément sa détermination, sa volonté.

« Quand je suis parti de chez ma mère à 18 ans, je n’avais aucun diplôme, pas de permis, je n’avais pas grand chose en fait, il me restait mes tripes. Mamar et Nordine m’ont envoyé en Thaïlande. » Avec son entraineur, ils ont trouvé un arrangement avec le patron d’un camp à Phuket , le Rawai Muay Thai. « J’étais hébergé et entrainé , et en échange de ça je boxais pour lui et on faisait moitié-moitié sur les primes de match. C’était un arrangement gagnant-gagnant, je suis resté 6 mois là bas, c’est là que j’ai appris mon métier. » De son aveu, il n’avait pas un niveau mirobolant, mais toujours une solide volonté de faire le mieux possible et plus encore. En rentrant de Thaïlande en 2012, une place s’est libérée au tournoi des 4 continents, avec Moussa Konaté, Super X et Sofiane Seboussi. « Nordine connait bien l’organisateur. Je suis arrivé comme remplaçant, j’étais clairement l’outsider, personne ne m’attendait, tout le monde pensait que j’allais prendre une raclée face Moussa Konaté. »

A la surprise générale, Rafael remporta son combat, avant la fin de la troisième reprise sur arrêt de l’arbitre. Il a littéralement asphyxié Moussa, ce qui lui ouvrit les portes de la finale face au Thaïlandais Super X. « J’avais pris quelques gros coups contre Moussa qui est un sacré puncheur. Super X a eu plus de chance contre Seboussi puisque le combat s’acheva au bout de 30 secondes à cause d’une fracture du tibia lors d’un blocage. En final il est donc arrivé encore frais. Malgré cela je n’ai pas lâché, j’ai réussi à le mettre à mal une bonne partie du combat, donc j’ai marqué les esprits ce jour là, même si j’ai perdu la finale contre Super X (le thaïlandais fit d’ailleurs un malaise dans les vestiaires après le combat, de toute évidence lessivé par l’affrontement). Après ça on m’a redonné ma chance, les gens ont voulu me revoir, j’ai confirmé, et ainsi de suite, le Thaï Fight et le Best of Siam se sont enchainés, et à partir de là, j’étais lancé. »

2013 fut une grosse année, avec de belles victoires, notamment face à Marco Piqué, il jetta l’éponge à la fin du quatrième round, épuisé par les assauts incessants d’un Rafael Llodra survolté. Puis ce fut le tour de Jakub Gazdík, Sua Dam et Panom Topkingboxing d’essuyer les coups de genoux de Llodra en pleine ascension. En 2014, une blessure au dos l’éloigna des rings durant près d’un an, pendant lequel il travailla dans l’animation et donna des cours de boxe pour subvenir à ses besoins.

Rafael est revenu en 2015 encore plus motivé, et s’est illustré lors du Choc des Légendes face Kamel Mezatni, KO technique au troisième round, puis contre Maximo Suarez lors de l’Enfusion Live à Tenerife, sur décision unanime.  En juin, il rencontrait Samy Sana au Best of Siam VI. Cinq rounds de guerre qui se conclurent sur décision en faveur de son co-équipier Venum. « Contre Samy Sana, j’ai fait le maximum et même plus, mais ce n’était pas un bon jour. Je me suis accroché, et m’en suis plutôt bien sorti compte tenu des conditions. »

Cependant ce combat lui laisse un sentiment d’inachevé. Son palmarès compte désormais 36 combats dont, 28 victoires et 19 par KO, 3 titres internationaux et un titre de champion de France.

-2013 IKSA Champion du monde Muay Thai (73kg)
-2013 WBC Champion du monde Muay Thai (72.5kg)
-2013 WMC Champion Intercontinental Muay Thai (72kg)
-2011 FDMA Champion de France de Muay Thai Class B (75kg)

Aujourd’hui, Rafael vit exclusivement de la boxe. Rétrospectivement, cette rencontre avec Mamar a été déterminante, « c’est un club sérieux, avec de la discipline, et il n’y a que Mamar qui puisse me pousser ainsi. Il n’y a qu’avec lui que je peux me transcender, c’était ce qu’il me fallait pour pouvoir exprimer mes émotions, mes angoisses, et les transformer en quelque chose de positif, de constructif. »

LLODRA-FB-SQUARE
Son emploi du temps s’articule autour des horaires d’ouverture du Mahmoudi Gym. Du mardi au vendredi, il commence par un footing d’une heure à allure moyenne le matin, soit une boucle d’une dizaine de kilomètres. Puis il s’entraine à la salle le soir: paos, sac, sparring, corps à corps et étirements. « Le plus dur c’est les paos, avec Mamar, on se pousse jusqu’aux limites de l’imaginable, jusqu’à l’épuisement et même au delà. » Et le samedi matin, il se rend au club de boxe anglaise de Charenton, pour travailler les poings. « J’ai la chance de pouvoir travailler avec Noël Chanal, ça m’a permis de beaucoup progresser, c’est quelqu’un de vraiment super, j’en profite pour le remercier ».

En dehors des périodes de préparation pour les combats, Rafael aime aller courir en forêt sur de plus longues distances. « ça m’arrive d’aller courir plus de trois heures. J’adore ça, je pense même faire de l’Ultra dans un avenir proche (course d’endurance sur de très longues distances l’équivalent de plusieurs marathon d’affilé). Ce qui me plaît énormément dans cette approche, c’est d’être en pleine nature. Faire des tours de stade, ça va un moment, mais c’est quand même vite lassant. » Dans l’Ultra Trail, ce qui compte c’est le voyage, aller jusqu’au bout du parcours quels que soient les obstacles, le classement, le temps ne sont qu’un aboutissement. Une philosophie qui colle plutôt bien au personnage.

Il a passé une partie de son été dans les Pyrénées, des vacances qu’il a mis à profit pour faire de longues sorties en montagne. Ses chères montagnes qu’il affectionne tant et où il aimerait pouvoir s’établir à l’année. « Une bonne sortie, c’était au minimum 2000 mètres de dénivelé positif, et la plus grosse sortie, j’ai dû faire 2800 mètres de dénivelé cumulé. » Le gaillard a de bonnes jambes.

La course à pieds est l’un des meilleurs exercices de préparation physique, idéal pour travailler les capacités cardiovasculaires. L’incroyable endurance dont fait preuve Rafael durant ses combats a conduit de nombreux adversaires à jeter l’éponge, c’est l’une de ses bottes secrètes.
VENUM_FIGHTER_Raphael-Llodra
Côté alimentation, comme tous les athlètes, Rafael est obligé d’être vigilant sur ses apports nutritionnels. Il fuit les produits industriels transformés, préférant les fruits et les légumes à volonté, bio de préférence, du blanc de poulet, des féculents en quantité limitée en période de cutting. A 75 kg, son poids de forme, il doit faire quelques efforts pour descendre à 72,5kg pour certains combats, mais il s’accorde parfois une récompense: des tartines au miel !

Rafael a fait quatre séjours en Thaïlande , au total un peu plus de 10 mois passés sur place. « C’était vraiment comme une formation ou un boulot en alternance. Lorsque je suis revenu de mon plus long séjour, j’étais prêt à rentrer sur le marché de l’emploi ! » Mais pour lui rien de tout ça n’aurait été possible sans les solides fondations qu’il a bâti en France avec Mamar. « Les bases c’est ici que je les acquises, bien que nous ayons moins de cours, on privilégie la qualité. Mamar est toujours sur notre dos, pour que les mouvements soient parfaits. Alors que dans les camps Thaïs, ils sont exigeants, mais du moment que ça claque, ils sont contents. De temps en temps si ils s’attachent à toi et qu’ils voient que tu es sérieux, ils peuvent t’apprendre quelques petits trucs en plus et te corriger, mais ce n’est pas systématique. »

Un rythme et des méthodes d’entrainement différentes qui expliquent sans doute que la scène française rivalise avec les meilleurs Thaïlandais.

« Je pense qu’ils en font trop, alors qu’en France, on privilégie la qualité, car on ne peut pas s’entrainer à la même fréquence. Cependant nous rivalisons avec eux, même en commençant tardivement, car avec les années une certaine lassitude peut s’installer chez les Thaïs ce qui nuit à leurs performances, et du coup les résultats s’en ressentent »

Lorsqu’il évoqua ses meilleurs souvenirs, Rafael se remémora ses premiers combats en classe D. Lui qui n’est guère à l’aise avec les enjeux et la pression médiatique, ces premiers pas dans la compétition étaient auréolée de simplicité. « Les enjeux sont nécessaires pour pouvoir vivre, gravir les échelons, et affronter les meilleurs, mais les débuts, c’était plus folklorique, c’était avec les copains, il n’y avait pas la même pression, les premières fois sont irremplaçables » ajouta-il dans un sourire.

Ces prochains mois, Rafael a quelques propositions à l’étude « je cherche les défis, pour repousser mes limites, sortir de la zone de confort, c’est quand tu affrontes les meilleurs, que tu te transcendes». Son prochain combat en novembre prochain face à Diogo Calado marquera à coup sûr l’automne, ne le loupez donc sous aucun prétexte !

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