A trente six ans, Gael Grimaud comptabilise vingt cinq combats en MMA, dont dix neuf victoires, et la ceinture du Cage Warriors Fighting Championship en 2012. Après deux ans d’absence, le poids Welter du Team Venum MMA n’attend qu’une chose: remonter dans la cage. Son histoire commence sur l’Île Intense, entourée par l’océan Indien.

« J’ai commencé le Judo à Saint Denis de La Réunion, j’avais 7 ans. J’y ai fait toutes mes classes, minime, cadet… Puis à 17 ans, je suis parti pour la métropole, à Orléans, pour suivre un cursus sport-études. J’ai obtenu mon Bac, puis un brevet d’Etat en Judo. Parallèlement, je faisais de la compétition en première division, j’ai fait quelques podiums. A la fin de mon cursus, il a fallu que je prenne une décision, rentrer à La Réunion, ou continuer la compétition. »

Gael Grimaud 1
La tentation d’une île

« Pour accéder à un niveau international, il fallait être dans les trois premiers. J’étais dans le top dix, mais je n’arrivais pas à dépasser ce palier. Je tournais un peu en rond, donc je suis rentré à La Réunion. Mais rapidement la compétition m’a manqué. C’est compliqué sur une île, les déplacements sont très couteux (…) Je viens d’une famille très modeste, ma mère nous a élevés seule mes frères et moi. Elle nous a toujours poussés à réussir, et échapper à sa condition. Pour elle, la réussite nécessitait de quitter l’île. »

Rentrer pour mieux repartir

Partir n’a pas été facile, et revenir en métropole encore moins. Mais son retour aux sources lui a permis de comprendre ce qui comptait le plus pour lui et pour ses proches. « Ça a été difficile de retrouver le niveau en Judo, et j’avais envie d’autre chose. J’étais de plus en plus attiré par d’autres disciplines, notamment le Jujitsu Fighting. »

C’est une discipline qui mêle boxe pieds-poings, projections, et travail au sol. C’est en quelque sorte une cousine du pancrace avec kimono. Elle est affiliée à la fédération de Judo.

« C’est grâce au Jujitsu Fighting que j’ai pu faire mes premières compétitions internationales, en Russie, au Japon (…), J’ai pu étoffer mon éventail de compétences avec le pieds-poings, ce qui tout naturellement m’a conduit au MMA.»

Au pays du soleil levant

En 2007, quand Gael débuta le MMA, la discipline était encore méconnue en France, et souffrait d’une très mauvaise image. « J’ai débuté par quelques compétitions de pancrace. Mon premier combat, c’était lors d’un gala multi-boxes à Biarritz. Par la suite j’ai concouru sur tous les tournois qui existaient à l’époque: 100% fight, Pancrace Fighting Championship, Fighting Marcou Challenge. »

Ce qui marque tout de suite les esprits, c’est la qualité de ses projections, leur précision et leur efficacité, mais aussi les soumissions (douze de ses victoires ont été remportées par soumission), la marque d’un redoutable judoka.

Par la suite Gael a été contacté par l’organisation russe M-1. Il affronta Abner Lloveras au Japon en avril 2009. Malgré sa défaite sur décision, cette expérience fut une révélation. Il découvrit l’enthousiasme des spectateurs japonais, leur esprit martial, et le véritable culte qu’ils vouent aux combattants. Une reconnaissance qui tranchait avec la situation en France.

« Le Japon, c’est un rêve de gosse, c’est une culture que j’ai appris à connaitre grâce au Judo, que j’ai toujours voulu découvrir. Mon premier combat au Japon est une étape importante de ma carrière, c’était la première fois que je mettais les pieds dans le pays qui me faisait tant rêver, et que je voyais de mes propres yeux l’engouement pour les sports de combats (…) En France je pratiquais un sport qui était encore peu connu, et qui avait une très mauvaise image dans l’opinion publique. Au Japon, les combattants sont des athlètes respectés, et honorés. Ca m’a donné la force et la motivation pour continuer malgré les difficultés en France. »

Les choses évoluent avec l’entrée de l’UFC en Europe, de plus en plus d’évènements sont organisés sur le vieux continent. L’intérêt grandissant pour le MMA européen, crée des opportunités pour les combattant(e)s français(es). Cependant la législation reste un frein au développement de la discipline, et pousse les athlètes à l’exil, au moins le temps des compétitions.

Stoppé en pleine ascension

L’ancien champion du Cage Warrior, s’apprêtait à reconquérir son titre. Le dernier combat de Gael Grimaud remonte à 2013. Après deux victoires expéditives face à Wade Henderson par soumission (étranglement), puis face à Bruno Carvalho par KO, au premier round, une blessure au dos l’éloigne des compétitions.

« C’est une blessure qui nécessite une grande rigueur dans son traitement pour éviter la rechute, j’ai fait un gros travail de rééducation, de réathlétisation (…) C’est une blessure d’usure, a côté de l’entrainement et des compétitions, il faut travailler, au détriment de la récupération. On s’entraîne comme une Formule 1, sans avoir l’écurie pour nous assister. Au bout d’un moment le corps ne suit plus, et c’est l’accident.»

« Mais avec l’expérience, j’ai appris à privilégier la qualité des entraînements et les soins, et je suis beaucoup plus vigilant sur les périodes de récupération »

Gael Grimaud, Eveil musculaire avec le Power Training System
Gael Grimaud, éveil musculaire avec le  Venum Power Training System

Cette période de convalescence, Gael l’a mise à profit pour développer son activité de coaching et développement personnel. Il touche un public très varié aussi bien des compétiteurs que des loisirs à la recherche d’un sport complet pour développer l’estime de soi.

« Je travaille avec des personnes de tous les horizons professionnels. Le monde de l’entreprise n’est pas étranger à la compétition, j’essaie de leur apporter mon expérience du combat, de leur donner des outils pour maîtriser leurs émotions, et se développer sur le plan personnel et professionnel (…) Je m’inspire aussi de leur expérience, c’est un véritable échange, très enrichissant.»

Les semaines s’organisent ainsi autour de son activité de coaching et les entraînements. « J’ai la chance de pouvoir organiser mes journées autour de ma passion, j’aime m’entrainer, apprendre et enseigner. Le MMA fait parti de mon équilibre.»

Cage Encounter 4

Le premier évènement de MMA en France a fait grand bruit. Mais va-il réellement faire évoluer les choses ? Le sursaut médiatique a été de courte durée, les fragiles liens avec le ministère des sports se sont davantage effilochés, et le long travail de pédagogie et d’information effectué par les défenseurs du MMA français souffre de dégâts collatéraux.

« L’évènement a démontré que le passage en force n’est pas une solution, il y a un prix à payer. Et ce ne sera pas forcement ceux qui l’ont organisé qui le paieront.»

« Notre travail au quotidien, c’est de faire preuve de pédagogie avec les gens, de lutter contre les préjugés et leur démontrer l’intérêt de cette discipline. En France, le sport doit passer par l’éducation, c’est la construction même de la législation française qui veut ça. Donc pour une discipline non reconnue par l’Etat, passer par la compétition avant d’avoir un solide projet pédagogique, c’est aller à l’encontre de tout ce qui définit la législation du sport. »

« Tout le monde a fait du judo dans sa vie, parce que le judo inspire confiance, les professeurs sont bien formés et encadrés, il y a une véritable structure qui rassure les parents(…) Le MMA devrait s’inspirer davantage du Judo pour son approche ludique et éducative. L’autorisation des compétitions est un objectif prématuré, c’est seulement une fois que le cadre sportif et le projet pédagogique seront mis en place, que les compétitions pourront être envisagées. »

Gael en est persuadé, si on veut que le MMA s’installe de façon durable dans le paysage sportif français, il faut continuer ce travail d’éducation. Un travail qui demande beaucoup de temps, d’énergie et de moyens.

Un retour imminent

Pour le moment Gael n’a qu’une hâte, c’est de reprendre le cours de sa carrière. L’objectif c’est l’UFC. Son entourage est en pourparler avec l’organisation américaine pour obtenir des combats. Mais deux combats de reprise lui sont demandés, pour faire ses preuves, et commencer les négociations.

« Je suis déterminé, si il faut combattre dans des petites organisations, pour prouver que je suis toujours opérationnel, je le ferai ».

Gael Grimaud affrontera Beslan isaev le 28 nov à Grozny, au ACB 26 (Absolute Championship Berkut), une organisation russe. Son adversaire est un sacré puncheur, au palmarès de trente deux victoires dont dix sept par KO, pour sept défaites. Le russe combattra à domicile, mais Gael est affamé. Cette opposition s’annonce vraiment très intéressante.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s